



Inde la vraie démesure
Contrairement à toutes les idées reçues, ce ne sont pas les USA qui détiennent le record de la démesure, mais bien l’Inde. Il est vrai que les proportions ne sont placées aux mêmes endroits, mais c’est haut la main que ce pays de plus d’1 milliards de personnes joue avec la démesure la plus inattendue celle de la vie…
Toutes les valeurs que nos parents ont tentés de nous inculquer au cours de nos 15 à 20 premières années vont sauter en éclat en 15 jours à 3 semaines. De toutes les façons, soit vous accepter de les mettre de côté ou de les abandonner, soit vous prenez un avion dans les 72 h après votre arrivée et vous rentrez chez vous.
L’Inde n’est pas un pays de villégiature, sauf si l’envie vous prend de découvrir une civilisation d’il y a 50 à 100 ans, dans ce cas et dans ce cas seulement, vous pourrez sauter de palace en palace, protéger par les limousines mises à disposition, qui vous assurera une asepsie parfaite et un mur infranchissable avec la réalité d’aujourd’hui.
En revanche si vous choisissez, sans aller jusqu’à une vocation post baba cool, de voyager en partant à la découverte des indiens et de leur pays, alors là n’espérez pas obtenir un repos bien mérité.
Il va falloir vous acclimater aux différents rythmes. Le rythme de la circulation tout d’abord, car à moins que vous ayez décidé d’aborder ce continent en barque et par une crique, vous êtes obligé de rencontrer en tout premier la circulation des grandes villes, Calcutta, Bombay ou New Delhi. Rassurez-vous quelle qu’elles soient, chacune de ces villes vrombit, mugit, rage et se débat 24h/24, dans des tonnerres de klaxons, de pétarades des différents véhicules plus ou moins homologués comme véhicule de transport humain et au milieu de la nonchalance des vaches sacrées qui font de ce tintamarre assourdissant leur lot quotidien.
Là, nous n’avons abordé que la partie auditive, car la seconde partie de votre corps qui va être sollicité c’est votre cœur, gardez le bien accroché, l’activité principale de tout chauffeur indien, qui se respect bien entendu, est d’essayer de vous le faire arrêter le plus vite possible. Votre baptême du feu, de carrosserie devrais-je dire, débutera après le 1er quart de tour de roue de votre taxi, touk-touk ou riqshaw, en même temps, lorsque nous parlions plus haut de prendre en compte de nouvelles règles qui viennent à l’encontre de celle que l’on nous a inculqué, prenez votre première leçon de savoir-vivre à l’Indienne, hors de la vache, le respect et la correction s’évalue uniquement à la puissance de votre véhicule qui bien évidemment définit intrinsèquement votre caste. Cette approche du savoir-vivre indien s’appliquera désormais à l’ensemble de votre séjour quel que soit le lieu et votre moyen de locomotion…à pied c’est le plus gros qui passe avant, femme ou pas femme c’est une notion que les Anglais malgré leur longue colonisation n’ont pas réussie à implanter dans la tête de leur colonisés.
Tenir la porte, laisser passer une personne âgée, céder sa place tous ces réflexes sont régis par la loi des castes, du pouvoir et de l’argent. Une fois que vous avez pris conscience de cet état de fait, d’un seul coup vous aborder l’Inde différemment, vous commencez à comprendre ce qui régit ce peuple et le comportement social qui est induit par le choix sprituelo-politique.
L’inde fonctionne par caste, à tout moment pour un occidental ce comportement saute au visage. L’évaluation de l’homme ne se fait pas par sa valeur propre mais uniquement par son origine de naissance. C’est de là que naît la frustration de beaucoup de touristes, moi le premier, qui venait à la rencontre d’un peuple pour échanger, dialoguer et ouvrir ma spiritualité et je n’ai pu qu’au contraire la rendre encore plus hermétique pour arriver à avancer.
Un non-indien ne pourra jamais devenir un indien, même avec tous les efforts du monde, tout l’amour qu’il pourra offrir, il restera un étranger. Contrairement à une idée que nous pouvons nous faire, le touriste n’est pas considéré comme appartenant à une haute caste, il est considéré comme un indigent, tout aussi bas que les castes les plus basses, voir les non-castes. En fait un touriste n’existe pas dans la grille d’évaluation indienne, il n’est rien, ce qui bien évidemment vous ramène souvent à cette sensation d’être uniquement un porte-monnaie.
Il faut ajouter un bémol, qui ne remet pas en question ce qui vient d’être énoncer, mais qui ne ferme pas totalement la porte au dialogue indo-touristique, en effet les gens d’une condition équivalente à la votre ou inversement…ce qui revient au même, mais évite de froisser toute susceptibilité !!! seront enclin à échanger avec vous des points de vue sur la politique, la vie ou tout autre sujet. Le train est d’ailleurs l’un des lieux de prédilections de ce type de rencontre, en effet vous voyager dans des classes supérieures (équivalent à de la 1er classe ou business de nos trains ou transports européens) que seul les castes supérieures peuvent s’offrir, vous abattez ainsi le principal centre d’intérêt de votre statue, celui de « planche à billet » et vous pouvez entamer le plaisir des premiers et rares échanges.
Au-delà de ces considérations indispensables à la compréhension de ce pays et à la capacité à progresser dans cette jungle de règles non énoncées, en effet la culture indienne est une culture de voie orale et l’on inculque dés la naissance l’ensemble de ces préceptes de vie, ensuite il n’y a aucune raison d’y revenir, il y a une autre sensation qui vous…attaque, sollicite, indispose, c’est la relation olfactive que vous allez instaurer avec le peuple, la ville et l’ensemble de la vie en Inde. Hélas, triple hélas, ce ne sont pas réellement les odeurs qui bercent nos rêves quand installé dans notre fauteuil, à notre domicile, nous laissons notre esprit s’échappée vers le mélange des épices, des plantes et des parfums d’encens…que nenni, la rencontre olfactive se fait en tout premier...et hélas en tout dernier avec les pires effluves que vous n’aurez jamais imaginé moisissure, matières fécales et urinaires, pourritures alimentaires et animales, gaz d’échappement et non hygiène des individus. Une fois ce cocktail bien mixer vous venez de rencontrer l’odeur des grandes villes et surtout des quartiers populaires. Il est vrai qu’en étant à la campagne, l’espacement des habitations et la moins grande concentration d’habitants réduit considérablement l’agression nasale, mais soyez sans crainte, elle ne disparaît jamais complètement ou en tous les cas, elle sait insidieusement se rappeler à nous au moment où on l’attend le moins. Et puis bien sûr pour parachever le tableau vous saupoudrez l’ensemble d’une pauvreté inimaginable pour nos pauvres esprits européens où se côtoient la mendicité, la prostitution, la vente d’organes, le commerce des enfants pour la mendicité et sublime du sublime de l’horreur la transformation médicale et chirurgicale de votre enfant vaillant pour quelques roupies en un éclopée sans bras, sans mains ou sans jambes, qui travailleront ensuite pour des proxénètes non pas de la prostitution mais de la mendicité. La pauvreté est un business, c’est pour les plus riches une source de profit et pour les plus pauvres une source de survie et l’équilibre est conservé !!!!
C’est dans une terre nouvelle peuplé de gens que vous ne comprenez pas que vous tenter d’avancer, c’est parfois amusant, souvent exaspérant, mais systématiquement riche d’enseignement. Le plus souvent l’ensemble de ce que l’on absorbe ne ressort que plusieurs semaines ou mois après son voyage, et malgré ma volonté de m’en défendre, c’est un périple qui ne m’aura pas laissé intérieurement vierge, c’est la première fois en une vingtaine ou trentaine de voyages, que je perçois une transformation progressive qui me vient, j’en suis persuadé, de ce pays sans repères.
Le sentiment le plus fort que nous avons pu ressentir et partager avec ceux qui l’on vécu, c’est celui quand on part de ne jamais vouloir revenir, et quelques secondes ou heures après avoir déjà envie de revenir. Ce pays est un révélateur de notre sado-masochisme latent !!! En fait, je crois que la perte d’un cadre sécurisant, la nécessité de rejeter toutes structures connues et l’effarement que procure la découverte de cet équilibre si fragile entre la spiritualité, la société moderne, la société archaïque, c’est une espèce de grand écart permanent que l’on demande à la majorité des indiens de réaliser. Alors nous pauvres européens, qui ne sommes pas de la plus grande souplesse ni d’esprit, ni de spiritualité (pauvres colonisateurs missionnaires que nous sommes !!) avons le sentiment permanent d’être écartelé sans raison. Très sincèrement ce voyage m’est apparu comme un chemin de croix, pas physiquement, pas immédiatement, mais intellectuellement et tardivement.
C’est une expérience unique que je ne peux souhaiter à personne, car il est certain que l’individualité est le premier critère qui définira l’approche et le ressentie que l’on aura d’un tel voyage.
Alors avant de prendre vos billets pour aller à New Delhi, pensez juste que l’Inde est un autre pays, avec d’autres gens et une autre façon de vivre, de respirer, de penser et de fonctionner et demandez-vous si c’est ça que vous avez envie de voir et quand vous aurez la réponse, dites-vous que vous serez encore à des milliers de kilomètres de ce que vous rencontrerez…bon voyage NAMASTE