Seul l'homme pouvait être l'outil parfait de la déshumanisation, car il est le seul à connaître parfaitement bien ses rouages, engrenages, dérives, folies et autres perversions.
Mais qui sert alors de frein à cette démarche autodestructrice aveugle? l'Homme, car il peut être aussi bon que mauvais, aussi destructeur que constructif. L'Homme est en permanence sur un balancier, à qui il impose son rythme et le fait osciller du Mal profond au Bien transparent. La frontière est pour ainsi dire inexistante.
Quelle limite factuelle, concrète peut-on définir à la fin du mal et au début du bien? Le mal est la résultante du bien et réciproquement, seul la valeur diffère en fonction de critères personnels, structurels, sociaux de tout être, groupe ou masse humaine. Individuellement ou en groupe l'homme ne répond pas aux même pulsions et aux même règles. D'un point de vue individuel, elles s'édictent face ou au sein d'une société, c'est ce qui définira les critères de l'utilisation du bien et du mal. En groupe ou en masse, elles s'édicteront en fonction du mouvement général et de la force du groupe, l'individualité s'atomise en autant de particules qu'il y a de participants au groupe. Cette notion de mouvement de masse, à partir d'un certain seuil, échappe complètement à l'humain en son sens unique, cela devient l'action d'une masse humaine formant un tout pour l'ensemble de ses réactions. La différence marquante avec l'individualité humaine est la facilité à pouvoir la disloquer.
Déshumaniser l'homme par l'homme, c'est sûrement s'assurer que l'on existe bien et que notre pouvoir sur nous même n'est pas entaché par un quelconque joug. La résultante en est souvent des actes inconsidérés, irréfléchis, gratuits mais qui ont pour effet, tous autant qu'ils sont, de faire souffrir un autre homme dans sa fierté d'humain, dans sa fierté d'Etre.
Il y a là un paradoxe effrayant qui prouve la capacité de l'homme à s'écarteler lui-même ou tout du moins à démontrer que l'homme n'a que faire de l'humain et du groupe qui l'entoure, il reste avant tout une identité individuelle fonctionnant pour elle-même au sein d'une humanité dont il fait partie mais dont il ne s'occupe pas.
L'homme se déplace et vit en groupe mais pense et réagit instinctivement en tant que solitaire. Il est l'Homme